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Société: La discrimination mémorielle de Nicolas SARKÖZY
Edité le 16 février 2008


Société Une mère interpelle Nicolas Sarközy sur la discrimination mémorielle qu'il planifie en classe de CM2.


Voila que, non satisfait de la glissade morale effectuée sur la peau de
banane Guy Môquet qu’il s’était à lui-même étendue comme carpette, Mr
Sarkosi prétend « faire en sorte que, chaque année, à partir de la
rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire
d’un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah ».


Ma fille sera en CM2 en 2013. Elle porte en elle de par la grâce de ses
parents la mémoire de ces milliers d’enfants, français et non
français, qui au long de l’histoire humaine furent déportés, séparés des leurs,
rendus orphelins, esclaves, choses sexuelles, assassinés…sur les 5
continents. Et qui le sont encore. Elle porte en elle la mémoire future de
ces enfants violemment séparés de leurs parents ou familles, ici,
maintenant, en France devant ses yeux de fillette de 4 ans.  Elle porte en
elle en tant que future femme, citoyenne, lionne au combat, la mémoire
de tous ces enfants qu’elle aura vus déportés de son supposé pays de
cocagne vers des univers où ils disparaissent, de tous ces enfants qui
n’ont pas d’enfance, en Palestine, au Liban,...  de tous ces enfants
marchandés cyniquement, au nom de l’enfance, au Tchad, ailleurs…

Ma fille porte en elle tout ceci parce qu’elle est vivante. Parce
qu’elle a un papa et une maman vivants auprès d'elle. Qui animent son âme
autant qu’ils le peuvent de toute l’actualité de leurs combats, à sa
mesure de petite fille, en lui apprenant qu’il n’y a pas de différence,
entre un enfant blanc et un noir, entre un enfant juif, catholique, sikh,
musulman, bouddhiste, que tout enfant a droit au bonheur d’être enfant,
dans la douceur de sa famille, les câlins, le jeu, les apprentissages.

Ma fille porte en elle tout cela, et elle ne se verra pas confiée par
l'école la mémoire de l’un des 11 000 enfants français victimes de la
Shoah. Ce travail, qui m’est dévolu en tant que parent, et qu’il
n’appartient pas à mon sens au Président de la République de choisir de faire à
ma place, je l’élabore dans le respect de mon enfant, et de ce qu’est
notre famille.

Il n’y a pas que la Shoah, Mr. le Président. Maints massacres furent
perpétrés, maintes mémoires furent et sont encore blessées qu’il vous
semble vain d’honorer, maints enfants furent déportés et assassinés, dont
vous semblez faire si peu de cas, en d’autres temps tout aussi atroces
que celui de la Shoah.

Quel est ce besoin que vous nous démontrez donc là, un besoin de
repentance ? Ce mot que vous refusez à tout crin à ceux qui ne vous le
demandent même pas, mais qui voudraient juste prononcer le mot de mémoire
sans se faire éconduire ?

Qu’allez-vous donc faire dans cette galère ? Quel besoin de s’aplatir
dans le vent d’une seule direction, sous les tapis du souvenir d’une
seule victime ? Vous nous avez suffisament dit lorsque cela vous
arrangeait que les enfants n'étaient pas comptables des fautes de leurs pères.

Ma fille ne se verra confier par vous la mémoire d’aucun enfant d’une
seule confession, d’une seule déportation, d’un seul esclavage, d’un
seul massacre.

Ma fille ne sera jamais l'objet de votre manipulation de l'histoire, de
l'émotion, du drame humain au service de vos seuls biens et besoins
personnels, politiques ou autres.

Elle ne croulera pas sous le poids de votre culpabilité ou de vos
obédiences. Elle grandit libre dans sa connaissance de l’autre, des ses
bonheurs et malheurs, grands et petits, auxquels nous désirons l'éveiller
pour qu'elle puisse partager le poids, plus tard, avec ceux qui
souffrent.

Mon enfant, nos enfants, grandissent à présent dans une France dont mes
parents, humains généreux s'il en fut, auraient profondément honte .
Si ma mère n'était pas morte, elle défilerait aujourd'hui du haut de ses
89 ans, pour vous faire savoir qu'il suffit.

Qu'il suffit de l'outrager.

Qu'il suffit de choisir dans les souffrances humaines celles qu'il vous
agrée d'honorer et celles qu'il vous indiffère d'ignorer. Quand ce
n'est pas celles qu'il vous arrange de rejeter dans de lointaines
poubelles.

Qu'il suffit de gesticuler, justifiant toutes les exactions de la
France dans l'Ailleurs en ne supportant pas que l'Ailleurs vienne vivre dans
la France.

Qu'il suffit de faire la leçon à des enseignants sur ce qu'il convient
de faire partager d'histoire à leurs élèves,  alors qu'ils nous font
tous les jours partager, à nous parents, la fin de l'histoire d'une
éducation nationale que vous rendez exangue.

Qu'il suffit de tuer les familles, je pèse mes mots, en envoyant vos
sbires arracher les portes, arracher les affaires personnelles, arracher
les êtres de leur travail, arracher les hommes de leur famille,
arracher les mères de leurs enfants, ce que vous faites tous les jours, ici,
en France.

Quand vous offrirez de la France un autre spectacle aux yeux de nos
enfants.

Quand vous cesserez de nous mettre en deuil chaque matin de l'une des
qualités d'accueil, de soin, de solidarité, d'éducation, de liberté,
d'égalité, de fraternité... qui devraient être la nature, l'essence, la
colonne vertébrale de notre pays.

Quand vous vous préoccuperez, aussi, de ce qui se passe dans une salle
de classe lorsque les maitresse malades ne sont pas remplacées, au
collège lorsque les adultes si dévoués soient-ils à leur mission, n'y sont
pas assez nombreux.

Quand vous proposerez à nos enfants la prise en considération de toutes
les souffrances des humains à travers l'histoire, sans quantification,
sans classification.

Quand vous nous aiderez véritablement à les construire dans le respect
de l'autre sous les yeux d'une République exemplaire. 

Quand vous tiendrez vos promesses de protéger tous les opprimés, toutes
les femmes opprimées, tous les déshérités, tous les enfants
déshérités...

Quand vous ferez véritablement preuve d'un courage révolutionnaire et
visible en  cessant les exactions, en ramenant vos chiens.

Quand vous serez capable de ne plus fabriquer visiblement et
incessament un pathos bien ciblé, d'héroïsme ou de pitié, c'est tout comme, pour
dissimuler la déconstruction de l'humain et de l'espoir que vous vous
acharnez à promouvoir.

Quand vous serez ce que vous n'êtes pas, quand vous ne serez plus ce
que vous êtes.

Je cesserai d'être en deuil de mon pays idéal.

Je cesserai de ne pouvoir plus lire les journaux et de pleurer chaque
jour à la découverte des nouveaux nuages.

Un grand mal est toujours suivi d'un grand bien.

La citoyenneté profondément humaine, sincère, dévouée, invisible,
muette pour l'instant, s'amplifie chaque jour qui passe avec son lot
d'expulsés amis, de justes condamnés, ...

La réponse à votre action est dans cette résistance contre laquelle
vous ne pouvez strictement rien.

La pensée et le coeur sont irréductibles.

Ma fille se construit, comme bien d'autres enfants, par la grâce
d'adultes conscients de leur devoir d'"êtres au monde" parmi d'autres "êtres
au monde".

Ces enfants seront des adultes, nombreux et imperturbables, des lions,
auxquels il incombera de développer à une échelle jamais vue les
valeurs de beauté et de bonté de la vie, pêchées dans le meilleur de chacune
de leurs origines, passées au tamis du métissage, cimentées entre elles
par la liberté et l'empathie réunies.

Vous ne sauriez apprendre à mon enfant cela que je choisis de lui
apprendre.

Son espoir et sa force sont entre les mains de son père et de sa mère.



 
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