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Société: OBAMA, le Monde et l’Afrique
Edité le 05 novembre 2008


Société
Les oracles d’Afrique l’avaient prédit, Martin Luther King l’avait rêvé, Otis Redding l’avait chanté, le monde l’espérait, Obama l’a réalisé. Le changement s’est produit. Le 44ième président de l’Etat le plus puissant du monde est bel et bien un Noir, un descendant d’Afrique dont les racines remontent aux confins de la vallée de l’Omo, berceau de l’humanité.

Investi par le parti démocrate après une rude compétition interne, Barack Obama réussit à déjouer tous les stratagèmes de son rival républicain par sa posture consensuelle, sa vision unificatrice et sa stratégie de campagne millimétrée qui tient d’une véritable alchimie, portée par un charisme exceptionnel.

Cette victoire acquise de main de maître, à la faveur de circonstances exceptionnelles, marque un tournant historique dans la reconnaissance de l’identité noire et laisse entrevoir des possibilités d’évolutions majeures aussi bien dans la politique intérieure américaine que dans la gestion des affaires du monde et de l’Afrique en particulier.

Il ne fait aucun doute que la consécration d’Obama fait remonter à la surface de nos consciences, le souvenir toujours vivace des héros des combats pour la dignité de l’homme noir, qui ont permis, par leurs luttes successives, de rendre possible l’option aujourd’hui établie, qu’un Noir puisse accéder à la magistrature suprême de l’Amérique impériale. Cette réalisation marque incontestablement une rupture face à l’obstacle épistémologique érigé par cinq siècles de préjugés tenaces, de falsifications historiques constantes, qui ont fini par imprégner les consciences et délimiter les frontières des compétences en fonction de la « race » : aux uns les vertus primaires de la force physique, et toutes les connotations que cela comporte, et aux autres la finesse de l’intellect. C’est sans doute cette rupture qu’entrapercevait Dan Rather, journaliste vedette de la CBS à la retraite, lorsqu’il évoquait l’onde de choc que provoquerait l’élection de Barack Obama dans l’ensemble du monde occidental. En vérité, il aurait pu élargir la zone d’impact de cet événement à l’ensemble du monde, tant les préjugés sur le noir sont répandus et perceptibles dans l’ensemble des civilisations, celles qui ont intégré la croyance séculaire du mythe de Cham, celles qui ont assujetti les noirs par la force, mais aussi depuis la fin des civilisations noires autochtones de la vallée du Nil, vaincues par Cambyse II roi des Perses vers -525. Cette dimension psychologique de l’événement participe de la constitution d’un paradigme nouveau, capable de transformations majeures dans la perception du noir par les autres et par lui-même. Des événements historiques de cette importance sont de nature à raffermir la confiance en soi, indispensable aux jeunes générations de noirs d’Afrique et de la diaspora pour réveiller ce qu’il ya en eux de prométhéen, pour se débarrasser des scories de l’esclavage, de la colonisation, de la discrimination raciale, de l’apartheid et des nouvelles formes de domination en vigueur, dont les effets psychologiques inhibent toute créativité et esprit d’initiative.

Mais si Obama a réussi ce qui était jusque là impensable, c’est aussi parce qu’il a bénéficié des acquis stratifiés des luttes et des engagements des pionniers pour la restauration de la conscience historique du Noir, menés par les Martin Luther King, Malcom X, Rosa Park, Marcus Garvey, Edward Wilmot Blyden, Steve Biko, Nelson Mandela, Amilcar Cabral, Kwamé Nkrumah, Robert Um Nyobe, Cheikh Anta Diop, les Nègres marrons anonymes des champs de cannes, les victimes de la lutte pour les droits civiques à Montgomery, à Birmingham et partout ailleurs en Amérique, les millions de victimes de l’Apartheid, etc.

Cette transformation, à certains égards révolutionnaire, a été rendue aussi possible grâce au dynamisme d’une société américaine capable d’introspection sur ses propres réalités sociétales. Certes le rejet de la politique de Bush, la dégradation de l’économie américaine et la crise financière récente ont été favorables au candidat démocrate. Mais ce contexte favorable, quoique exceptionnel, n’aurait pas suffi à faire gagner Obama si la majorité des Américains n’était pas prête à élire un Noir.

Malgré le racisme encore vivace en Amérique, ce pays vient d’administrer au reste du monde occidental, héritiers comme elle d’un passé esclavagiste et colonialiste, une leçon de politique d’intégration, aux antipodes du raidissement épidermique et du repli identitaire observés ici et là. En France par exemple, alors que le candidat Obama estampillé « noir » par l’ensemble des médias est adulé et plébiscité par une écrasante majorité de la population, tous les secteurs et institutions de l’Etat brillent par l’absence des minorités dites visibles. Ce paradoxe atteint son paroxysme lorsque, dans un unanimisme assez surprenant, cet engouement est justifié par les origines « raciales » du candidat, qui font de lui un emblème historique dans le contexte américain pourtant plus tendu qu’ailleurs. L’élite politique éprouve vraisemblablement des difficultés à faire son aggiornamento et à s’ouvrir réellement aux citoyens d’origine étrangère.

Outre la question raciale, l’élection d’Obama suscite beaucoup d’espérance en Amérique et dans le monde. Au plan interne, la crise des subprimes, non seulement a précipité une frange considérable de la classe moyenne dans la précarité, mais aussi a déséquilibré le système financier mondial aujourd’hui en pleine récession. La politique fiscale ultralibérale de Bush consistant à faire baisser les impôts a eu pour corollaire immédiat la baisse des recettes de l’Etat et le rétrécissement de sa capacité d’intervention dans les programmes sociaux. Une capacité encore plus érodée avec l’effort budgétaire consenti pour les guerres en Afghanistan et en Irak, dont le montant s’élève déjà à plus de 3000 milliards de dollars selon l’économiste et prix Nobel Joseph Stiglitz. L’industrie de l’automobile et celle de la métallurgie, jadis moteurs de l’économie américaine, subissent de plein fouet les choix de politiques économiques de ces dernières années. La hausse tendancielle du chômage, jamais observée depuis les années 30, illustre le marasme économique du pays, dont la dette publique dépasse 70% du PIB. Cette situation économique drastique a probablement joué en faveur du candidat Obama, qui aura, sans doute, comme priorité numéro un la question économique.

Au plan international, l’unilatéralisme de l’administration Bush, singulièrement illustré dans le conflit irakien et dans les négociations sur le protocole de Kyoto visant la réduction des gaz à effet de serre est fortement décrié même par les alliés les plus inconditionnels de l’Amérique. Le préjugé favorable dont bénéficie Obama sur la scène internationale pourra faciliter la restauration de l’image écornée de l’Amérique. Sur l’autre versant du terrain diplomatique, la résolution du conflit israélo-palestinien devra être une préoccupation centrale, car ce conflit est l’épicentre de nombreux foyers d’affrontement dans le monde. Les néo conservateurs de l’équipe de Bush ont certes compris l’importance de ce conflit, mais ont certainement failli en optant pour la guerre tout azimut, guidée par une doctrine énigmatique, faite d’un mélange surréaliste d’impérialisme aveugle et de croyances évangélistes surannées. Obama devrait peser de tout son poids pour parvenir à une paix équilibrée, inéluctable par ailleurs. Cette réussite renforcerait le leadership américain dans le monde tout en contribuant à la pacification du Moyen Orient, un des foyers névralgiques du monde. Le rapprochement de Colin Powell pourrait s’avérer déterminant dans la compréhension des véritables enjeux et aussi servir de contrepoids face à d’éventuels conseillers qui seraient tentés par les thèses néo conservatrices et bellicistes.

Et l’Afrique !

La conscience historique, celle qui nous renvoie à notre responsabilité en tant qu’acteur de notre propre destinée, est le préalable à tout développement. Car elle suppose en amont un sens aigu de la responsabilité et s’accommode difficilement de la politique de la main tendue. La confiance en soi et la foi en l’avenir en constituent des piliers essentiels. L’avènement d’Obama à la présidence américaine constitue à cet égard un bénéfice inestimable sur le plan psychologique pour les générations actuelles et futures d’Africains et d’Africain-américains. Sa magistrature pourrait aussi être une opportunité réelle de développement à condition que la coopération qu’il initiera avec l’Afrique s’inscrive dans une volonté réelle et authentique de partenariat, bâtie sur une véritable doctrine « d’empowerment » et non sur des formes caduques de coopération orientée et déséquilibrée, qui s’apparentent plus à des mécanismes de domination.

Pour être efficace et surmonter les insuffisances nationales, cette coopération doit se réaliser au moins au niveau sous-régional sinon à l’échelle continentale africaine. Les priorités doivent alors être établies non plus de manière bilatérale, comme opère actuellement le Millenium Challenge Account (MCA) mis en place par l’administration Bush, mais plutôt dans le cadre d’une vision intégrée sous-régionale voire continentale, élaborée par une Organisation mise en place à cet effet ou par des organisations existantes mais réformées et renforcée comme l’UEMOA ou l’Union Africaine. C’est la stratégie suivie avec le plan Marshall, lorsqu’en 1948 fut créée l'Organisation Européenne de Coopération Economique (OECE), qui deviendra plus tard l’actuelle OCDE. Son mérite est d’avoir pu fédérer les politiques économiques au niveau européen et faciliter le dialogue intereuropéen qui déboucha quelques décennies plus tard sur la construction de l’Union Européenne.

Privilégier l’intégration africaine sur les plans politique et économique participe également de la résolution des conflits du continent et de la lutte contre la corruption qui gangrène l’économie de nombreux pays, du fait du caractère supranational des programmes sous-régionaux et continentaux. Obama aura d’autant plus de marge de manœuvre pour intervenir en Afrique qu’il réussira à redresser l’économie nationale américaine et à restaurer l’image suffisamment écornée de l’Amérique.

En attendant la réalisation de ces perspectives possibles, l’Afrique doit poursuivre son chemin, sa destinée inéluctable de liberté et de prospérité, dont un nouveau jalon vient d’être posé avec l’élection d’un Africain-américain à la magistrature suprême des Etats-Unis.

L’Afrique peut ! Afric-can !

Khadim SILLA


 
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